Racontez moi.........
"Racontez moi votre plus grande déception". C'était le sujet de la rédaction de rentrée de sa 5 ème au collège François Villon. Ostinato commença par observer quelques peu ses quelques condisciples autour de lui. La plupart faisaient grise mine devant leurs copies, surtout Cécile avec sa tête " Oh flûte, j'ai RIEN préparé pour un truc pareil " remettant nerveusement en place sa bouclette brune derrière son oreille. Elisabeth n'ayant rien préparé. Cette pensée se savoura, brièvement, dans son esprit.
Il inscrivit ses noms et prénoms sur sa copie, posa délicatement une feuille de brouillon sur la table, ferma à demi ses paupières pour se donner l'air de chercher l'inspiration, même s'il ne se faisait guère d'illusion. Il est vrai qu'en français il n'avait jamais brillé, il est vrai que dans les autres matières il n 'était pas meilleur, il est vrai qu'il n'aurait su donner quelques sujets, un sport où une autre activité où il aurait été en mesure de surprendre.
Curieusement des mots lui vinrent, des phrases s'étant glissées dans son esprit par suite de lectures successives se laissèrent triturer, découper en morceaux pour s'adjoindre à d'autres, une formule malicieuse trouvée dans une carte postale dérobée à sa soeur, une strophe d'une chanson de Ferré qui lui restait encore en tête depuis ce week-end chez son grand père, il tenta d'agglomérer le tout avec quelques phrases plus ou moins heureuses de mastoc , relit son ouvrage en tentant de peaufiner sa ponctuation le plus délicatement possible.
Il restait quelques instants avant de rendre sa copie. Il en profita pour regarder dans la cour. A cette heure la 6ème verte était en cours d'athlétisme. Sandrine Duval en jogging vert pomme trottinait à son rythme, rattrapée par les coureurs les plus rapides qui entamaient déjà un nouveau tour de piste, sa queue de cheval marquant la mesure en voletant derrière elle, une lègère brise secouait par moments les quelques feuilles d'automne que le concierge n'avait pas encore ramassé. Ostinato ne rendit sa copie que d'un main distraite et ne se leva pour se rendre au cours de physique qu'avec un soupir.
A cet instant précis je crois pouvoir le dire, s'il était possible de l'extraire de ceux qui le précèdent mais surtout de ce qui va suivre, Ostinato partageant sans doute avec moi ce sentiment, sans, peut être, se l'être exactement formulé à lui même , avait été, fier de son ouvrage et contemplant ce que la vie paraissait soudain lui promettre, heureux.
A suivre........

